64 jours sans le moindre euro, c’est la frontière que la loi trace entre stage rémunéré et non rémunéré, et ce n’est pas une légende urbaine. En France, la gratification d’un stage devient obligatoire au-delà de deux mois consécutifs ou non au sein d’une même structure, même si beaucoup l’ignorent encore. Certaines conventions collectives imposent toutefois des règles plus favorables, tandis que des accords de branche peuvent fixer des montants supérieurs au minimum légal.
L’absence de rémunération sur les stages de courte durée crée régulièrement des incompréhensions, malgré un encadrement juridique précis. Cette disparité soulève des questions sur l’égalité d’accès aux expériences professionnelles, particulièrement pour les étudiants aux ressources limitées.
Stages rémunérés et non rémunérés : ce qui les distingue vraiment
Entre un stage rémunéré et un stage sans compensation financière, la différence tient à bien plus qu’à la générosité d’une entreprise. La réglementation française est limpide : passé deux mois, consécutifs ou non, au sein de la même entité, le versement d’une gratification minimale s’impose. En dessous, l’entreprise peut accueillir l’étudiant sans obligation de rétribution. Ce cadre façonne nettement les conditions de stage pour chacun.
Un stage rémunéré, c’est souvent une implication plus marquée dans l’équipe, des responsabilités concrètes, et un accompagnement structuré par une convention de stage en bonne et due forme. L’étudiant s’inscrit alors dans une logique professionnelle : ses compétences prennent de la valeur, et le stage peut ouvrir la porte à un emploi. Beaucoup d’entreprises considèrent ces stages comme une phase de pré-recrutement. À l’inverse, les stages courts non rémunérés se limitent à l’observation ou à la découverte du secteur : la charge de travail reste cadrée, mais l’engagement du stagiaire s’émousse parfois, faute de reconnaissance tangible.
Pour mettre en perspective ce contraste, voici comment se répartissent les caractéristiques des deux formules :
- Stage rémunéré : accès à une indemnité, participation active, intégration accrue.
- Stage non rémunéré : immersion courte, tâches limitées, perspective avant tout pédagogique.
Recevoir une gratification ne se résume pas à un simple bonus : cela joue sur la motivation, l’implication, et sur la capacité des étudiants à saisir des opportunités parfois éloignées de chez eux. Pour celles et ceux issus de milieux modestes, l’absence de rémunération limite le choix des stages et, parfois, d’un cursus tout entier. Ce clivage ne s’arrête pas à la porte du bureau : il façonne durablement la trajectoire professionnelle de chaque étudiant.
À partir de quand un stage doit-il être payé ?
La législation française ne fait pas de distinction selon le niveau d’études ou le secteur : seule la durée effective du stage compte. Dès que la présence cumulée de l’étudiant dépasse deux mois (soit 44 jours à raison de sept heures par jour, pour un total de 308 heures), l’employeur doit verser une indemnité chaque mois.
Le montant minimum de la gratification stage est fixé à 4,35 € par heure de présence effective, soit environ 15 % du Smic horaire. Ce taux plancher s’applique à toute structure, entreprise privée ou administration publique.
La règle est claire : même si le stage comporte des périodes distinctes, il suffit que la durée cumulée franchisse la barre des deux mois pour déclencher l’obligation de gratification dès le début du troisième mois. Certaines entreprises choisissent d’ailleurs de dépasser ce minimum, offrant une gratification supérieure pour attirer les profils les plus recherchés.
Selon la durée du stage, les obligations diffèrent :
- En-deçà de deux mois : gratification facultative, aucune obligation légale.
- Au-delà de deux mois : indemnité obligatoire, versée mensuellement, indépendante de la nature des tâches confiées.
À retenir : la gratification n’est pas un salaire. Elle ne donne pas droit à l’assurance chômage, mais marque la reconnaissance de l’engagement de l’étudiant, désormais inscrite dans la loi.
Les droits des étudiants et les obligations des employeurs en matière de rémunération
Le cadre juridique autour de la rémunération des stages ne laisse pas de place à l’improvisation. Une fois que le stage franchit le seuil des deux mois, l’employeur doit verser la gratification minimale sans pouvoir y déroger. Cette indemnité, exonérée de cotisations sociales dans la limite du seuil légal, confirme la prise en compte du travail du stagiaire.
L’étudiant stagiaire accède alors à plusieurs droits : il est inscrit au registre du personnel et peut profiter de certains avantages accordés aux salariés, comme l’accès au restaurant d’entreprise, la prise en charge partielle des frais de transport ou la participation à des événements collectifs. La gratification, elle, doit tomber chaque mois, peu importe la mission ou le niveau d’autonomie accordé.
L’employeur, pour sa part, doit rédiger une convention de stage détaillant les missions, les horaires et le montant de la gratification. Toute modification majeure nécessite un avenant. Bon à savoir : les sommes perçues par le stagiaire sont généralement exonérées d’impôt sur le revenu, à condition de ne pas dépasser le montant annuel du Smic.
Voici un rappel concret des principales obligations et droits liés à la rémunération des stages :
- Inscription obligatoire du stagiaire au registre du personnel
- Versement mensuel de la gratification, dès le 1er jour du 3e mois
- Accès aux avantages collectifs des salariés
Si la gratification ne donne pas accès à l’assurance chômage, elle permet cependant de bénéficier de la sécurité sociale étudiante, avec une couverture spécifique en cas d’accident du travail. Ce cadre vise à garantir une expérience à la fois formatrice et protégée pour l’étudiant, et à rassurer l’employeur sur la conformité de ses pratiques.
Comprendre l’impact d’un stage rémunéré ou non sur le parcours professionnel
Le stage, passage obligé du cursus de formation, ne se limite pas à une expérience sur un CV : il façonne la perception du monde du travail, influence la motivation, et parfois la qualité des missions confiées. Trouver un stage rémunéré relève souvent du défi supplémentaire, mais il constitue un véritable atout auprès des recruteurs.
Un stage non rémunéré reste valable pour la validation et l’attestation de stage : sur le plan des compétences, la différence se joue souvent sur l’engagement perçu. Une gratification, même modeste, traduit une forme de reconnaissance de l’investissement fourni par l’étudiant. C’est aussi un signal adressé par l’entreprise, qui valorise le parcours du stagiaire lors de futures recherches d’emploi.
Dans tous les cas, la confrontation à la réalité d’une équipe, l’application des connaissances théoriques, l’apprentissage sur le terrain : tout cela profite à chaque stagiaire, quel que soit le niveau de gratification. Pourtant, la rémunération, même symbolique, peut lever des barrières pour les étudiants qui n’auraient pas pu se permettre un stage lointain ou long. Elle contribue à rendre l’accès à l’emploi un peu moins inégalitaire. Et pour des milliers de jeunes, c’est parfois toute la trajectoire professionnelle qui change de cap.


